Gilets jaunes : défilé des personnalités politiques à MatignonDurée de lecture : 5 min

En France, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, et la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, sont parmi les premiers chefs de partis reçus ce 3 décembre par le Premier ministre dans le cadre de la crise des « gilets jaunes ».

En France, le Premier ministre Edouard Philippe reçoit toute la journée ce 3 décembre les chefs des partis pour tenter de trouver une issue à la crise des gilets jaunes. Emmanuel Macron a chargé son Premier ministre de consulter pour reprendre la main et les doléances de l’opposition s’empilent dans le bureau du chef du gouvernement. Edouard Philippe sert aujourd’hui de « punching-ball » pour les oppositions, obligé d’entendre les critiques de la droite et de la gauche.

Laurent Wauquiez des Républicains demande lui un référendum sur la fiscalité et un moratoire sur les taxes. Pour la droite, Emmanuel Macron doit s’exprimer désormais, rapporte notre envoyé spécial à Matignon, Julien Chavanne.

Motion de censure ?

A sortir de sa rencontre avec Edouard Philippe, Laurent Wauquiez n’a pas exclu de s’associer avec le PS pour une motion de censure contre le gouvernement. « L’inquiétude avec laquelle on peut ressortir de ce rendez-vous, c’est qu’on n’a pas l’impression qu’ils ont pris la mesure de la colère et de l’engranage de la violence dans le pays. On n’en est plus au débat. On n’en est pas au silence, aux postures. Il aurait fallu le faire il y a 15 jours. Aujourd’hui, il y a besoin de gestes d’apaisement ».

« Je voudrais que le pouvoir

comprenne enfin qu’il ne se bat pas pour une réforme améliorant l’emploi, a poursuivi le chef des Républicains. Il est juste en train d’avoir mis le pays dans l’ornière en s’étant acharné à imposer des taxes sur les classes moyennes. S’ils veulent en sortir, cela passe par des mesures concrètes ».

Ce matin, Olivier Faure le chef du Parti socialiste -qui a précédé Wauquiez à Matignon- avait ouvert le feu en réclamant le rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF) et l’annulation de la hausse de la taxe sur les carburants. « Pour la première fois depuis trois semaines, le gouvernement saisit l’ampleur du mouvement né avec les gilets jaunes mais les réponses restent à apporter, déclarait-il au micro de RFI. Il faut un moratoire sur les taxes avant toute nouvelle discussion, c’est le seul moyen de les rendre crédibles. On ne discute pas que fiscalité écologique, mais plus largement sur comment rendre du pouvoir d’achat aux Français ».

« Changer la méthode »: Olivier Faure

« Nous voulons que la méthode change, a ajouté Olivier Faure. Jupiter, c’est fini. Il faut qu’il descende de l’Olympe. Il ne peut pas rester comme il est dans le déni et ne pas considérer ce qui se passe dans son propre pays avec des Français qui n’en peuvent plus et demandent seulement à être entendus ».

C’est la maire de Paris, Anne Hidalgo qui a ouvert le bal. Elle a été la première reçue ce lundi 3 novembre au matin par Edouard Philippe à qui elle voulait faire part du bilan des violences et des saccages qui ont eu lieu à Paris samedi 1er décembre et de ses craintes pour samedi prochain, le 8 décembre.

D’autres leaders politiques sont aussi prévus sur l’agenda du Premier ministre en début d’après-midi tels que Marine Le Pen (Rassemblement national) ou encore Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France). Une délégation de La France insoumise (LFI), et non Jean-Luc Mélenchon lui-même, devrait également se rendre à Matignon, a indiqué le député LFI Alexis Corbière.

Une délégation des gilets jaunes reçue mardi

Une longue journée donc en perspective pour Edouard Philippe. La veille, le 2 novembre, le président français Emmanuel Macron avait demandé au Premier ministre de recevoir « les chefs de partis représentés au Parlement ainsi que des représentants des manifestants ». Cela lui permet de ramener la crise sur le terrain politique et de mettre notamment face à leurs responsabilités les responsables de l’opposition – Les Le Pen, Wauquiez, Mélenchon, qui appellent au référendum ou à la dissolution de l’Assemblée .

L’Elysée a indiqué la veille que le Premier ministre recevra, outre les chefs de partis, « le collectif des “gilets jaunes” qui a exprimé sa volonté de nouer un dialogue avec le gouvernement ». Une délégation doit être reçue mardi 4 décembre dans l’après-midi a confirmé ce lundi matin Matignon et des mesures annoncées avant le début de la concertation.

Le Premier ministre en première ligne

Le Premier ministre est donc en première ligne aujourd’hui. Emmanuel Macron, lui, n’a strictement rien d’inscrit à son agenda à la date de lundi. Peut-être une manière de montrer que même s’il n’est pas visible, même si c’est Edouard Philippe qui a la mission de lancer le dialogue, il est totalement concentré sur la gestion de cette crise et ne veut pas brouiller le message.

Plus de sept Français sur dix (72%) soutiennent les gilets jaunes, selon un sondage Harris Interactive pour RTL et M6 réalisé après les violences du 1er décembre à Paris et dans d’autres villes de France. Au total, 139 personnes ont par ailleurs été présentées à la justice et 111 gardes à vue prolongées pour les violences de ce week-end dans la capitale française.

RFI