À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 28 décembre, des organisations de défense des droits humains et des médias tirent la sonnette d’alarme face aux risques de nouvelles restrictions de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux en Guinée.

Réunies à l’occasion du Forum national sur les droits numériques, plusieurs organisations, dont des membres de la Coalition des Organisations de Défense des Droits Humains (CODDH), ont rendu publique la Déclaration de Conakry contre la censure en ligne, exprimant leurs vives préoccupations quant à la récurrence des coupures d’Internet observées ces dernières années.

Selon ces organisations, depuis 2020, la Guinée a connu au moins quatre épisodes de coupures totales ou partielles d’Internet et de blocages ciblés des réseaux sociaux, principalement en périodes électorales ou de forte mobilisation citoyenne. Le plus récent remonte au référendum du 21 septembre 2025, durant lequel des millions d’usagers ont été privés d’un accès normal à l’information.

Les signataires de la déclaration estiment que ces restrictions portent gravement atteinte au droit à l’information, à la liberté d’expression et à la participation démocratique des citoyens, en particulier des jeunes. Elles entravent également le travail des journalistes, des blogueurs et des observateurs électoraux, tout en limitant la transparence du processus électoral.

Si les autorités invoquent souvent des raisons liées à la « sécurité nationale » ou à la « préservation de l’ordre public », les organisations signataires jugent ces justifications contraires aux engagements nationaux et internationaux de la Guinée. Elles rappellent notamment que l’article 19 de la Constitution guinéenne garantit la liberté d’expression, tout comme les instruments internationaux ratifiés par le pays, tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Contrairement aux arguments avancés, les organisations soutiennent que les restrictions numériques ne permettent pas de prévenir les crises, mais favorisent plutôt la désinformation et les discours de haine. Elles soulignent qu’un accès libre et continu à Internet constitue un levier essentiel pour garantir une information fiable, renforcer la crédibilité des scrutins et préserver la stabilité sociale.

Au-delà des enjeux démocratiques, les signataires attirent également l’attention sur l’impact économique de ces coupures, notamment sur les startups et les PME, dont les activités dépendent largement du numérique.

Face à cette situation, les organisations appellent les autorités guinéennes à mettre fin à toute forme de censure en ligne, à s’engager publiquement à garantir la continuité de l’accès à Internet avant, pendant et après les élections, et à appliquer les principes de la Déclaration africaine des droits et libertés de l’Internet. Elles insistent enfin sur la nécessité de concilier impératifs de sécurité et respect des libertés fondamentales.