Au terme de sa mission de travail en France, le Directeur exécutif d’African Crisis Group a accordé à la rédaction de Guineediversité un entretien. À cette occasion, Docteur Sékou Koureissy Condé est revenu sur la mission de travail qu’il effectue en France depuis le 18 mars avant de s’exprimer également sur le 34e anniversaire du décès d’Ahmed Sékou Touré, premier Président de la République de Guinée.

Docteur Sékou Koureissy Condé, depuis mi-mars vous êtes en Europe dans le cadre d’une mission de travail, dites nous quel est l’objectif visé ?

La mission d’African Crisis Group en Europe consistait à prendre des contacts, avec les institutions françaises et européennes pour présenter notre approche de la gestion des crises qui préoccupent le continent africain actuellement et particulièrement l’Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Burkina, le Niger et le Nigéria, sont des pays qui sont directement confrontés à l’existence des groupes djihadistes et à une recrudescence d’attaques terroristes.

La menace sur la sécurité humaine dans la sous-région Ouest-africaine se précise sans que l’on ait les moyens techniques et technologiques nécessaires pour lutter contre ces menaces.

À partir de ce moment, African Crisis Group, un cabinet qui a vocation à promouvoir la réflexion, les recherches de prévention et de résolution de conflits, a estimé qu’il y a une réponse africaine à ces menaces. D’une part, ces réponses africaines, nous les développons au niveau des universités de ce continent, au niveau des institutions régionales en Afrique, mais également au niveau des institutions internationales et surtout européennes. D’autre part, je suis en France sur invitation de deux universités françaises pour une série de conférences, notamment l’université Paris II Panthéon Assas, et Science-Po. J’ai été très heureux, de rencontrer des étudiants et chercheurs très motivés, intéressés par des questions liées à la sécurité humaine en Afrique et dans le monde en général.

La Guinée a célébré ce 26 mars 2018, le 34e anniversaire de la mort de son premier Président, Ahmed Sékou Touré. À l’occasion de ce triste anniversaire, il y a une question qui a retenu l’attention de nombreuses personnes notamment sur les réseaux sociaux: « Ahmed Sékou Touré, est-ce un héros ou un Tyran ? Si on vous pose la même question, que repondez-vous?

Je ne me pose pas cette question de cette manière. Je considère que le Président Ahmed Sékou Touré en tant que premier Président de la République de Guinée, a engagé le pays dans la voie de l’indépendance, du panafricanisme et de la défense des valeurs africaines. Ceci dit, le 26 mars est pour moi, un jour de recueillement et de réconciliation. Il n’est pas question pour moi de justifier les morts et leurs façons de mourir.
Tout le monde connaît mes relations avec le Président Ahmed Sékou Touré. Ce sont des relations presque filiales. En tant que leader d’étudiants à Kankan et à Conakry, j’ai connu et pratiqué l’homme. Je regrette profondément le côté Camp Boiro dans  l’histoire de la première République et le 4 juillet 1985 dans l’histoire de la deuxième République et d’autre formes de violences d’Etat même actuellement.  Ce qui compte désormais, c’est notre capacité à unir nos morts de tous les bords, même à titre posthume, en saluant leur engagement patriotique sans aucune considération ethnique, partisane ou religieuse.

Pour des raisons humaines, je ne m’associerai à aucune démarche qui soit de nature à justifier l’épreuve humaine, l’atteinte à la vie. Je suis pour le pardon et la réconciliation.

L’Etat guinéen doit assumer sa responsabilité. Il n’appartient ni à une famille, ni à une ethnie de justifier ou de supporter ce qui est au compte de l’Etat guinéen dans son évolution. J’ai demandé le grand pardon pour la grande réconciliation, parce que c’est vrai, nous devons situer les responsabilités, mais pas passer notre temps à justifier.

Nous saluons la mémoire de tous ceux qui sont morts dans ce combat et nous souhaitons que la réconciliation nationale soit une véritable priorité. Mais, il ne faut pas que chaque Guinéen ait une histoire pour lui. Il faut construire une histoire nationale, c’est ce qui nous fera avancer vers le développement. Il faut la réconciliation, il faut le pardon, il faut la justice. Ce travail ne peut pas se faire dans la passion, dans la haine, et dans la vengeance. Il faut qu’il y ait la raison, la responsabilité, et cela incombe à tous les Guinéens.

Thierno Moussa BAH