Fort de son vécu, de ses expériences professionnelles et inspiré de ses voyages, Omar Moubine n'a cessé de dessiner, de peindre. Après une  brillante carrière d’économiste, d’ingénieure de construction, d’architecte, qui lui a fait voyager dans plusieurs pays du Golfe et d’Afrique, l’artiste franco-djiboutien décide de tout arrêter  pour se consacrer à une passion qui le dévore depuis très longtemps: la peinture. Dans cet entretien, il revient sur son enfance à Djibouti, sa vie professionnelle et sa passion pour l’Art.  

A quel moment avez-vous commencé la peinture ?

Depuis tout petit je dessine et je peins. A quelle date j’ai commencé, je ne me rappelle pas. À l’âge de 15 ans j’ai eu une médaille d’Or internationale en beaux-arts que j’ai reçue en octobre 1989 au Caire, en Egypte. Ce qui ma motivé c’est de voir mon père dessiner et peindre. Mon père était aussi architecte et entrepreneur. Il dessinait merveilleusement bien. En le regardant faire, je me suis automatiquement intéressé à prendre un papier et un crayon et à dessiner petit à petit.

Cette médaille a-t-elle été le déclic qui vous a poussé à continuer dans la peinture ?

C’est un déclic qui m’a fait réaliser que j’étais un espoir pour mon pays. Je suis franco-djiboutien  mais je représentais le Djibouti en ce moment. C’est une grande reconnaissance parce qu’il a fallu gagner plusieurs concours pour être finaliste et avoir donc ce prix. Quand je suis rentré d’Egypte, mon  papa m’a dit « fiston, il va falloir que tu prennes les choses en main. D’abord les études et peut-être plus tard l’art ». Après mon bac, je suis arrivé en France en 1993. J’ai fait sciences économiques et sociales à l’université de Reims.  À mon arrivée, on ma offert une guitare et donc pendant mes études je me suis intéressé à la musique. Je jouais une petite demi-heure tous les jours et au bout d’un an, je savais jouer suffisamment pour rejoindre des groupes de musique avec lesquels j’ai joué dans plusieurs villes de la France.
A quel moment avez-vous arrêté la musique ?
Après les études il fallait que je commence à travailler pour gagner ma vie plus sérieusement, parce que la musique ne payait pas assez pour vivre décemment. Donc je suis repartie au Djibouti en 2000 où j’ai rejoins un bureau de consultant en ingénierie et architecture. J’avais commencé en tant qu’économiste de construction. Cet environnement m’a permit de me former sur tout ce qui est projet management, établissement d’appels d’offres internationaux, réalisation et élaboration des contrats internationaux. Puis, je me suis spécialisé dans la restauration du patrimoine architectural de la ville de Djibouti. Etant donné que j’aime le dessin, l’art, la décoration avec un gout assez prononcé pour tout ce qui est artistique, j’ai commencé à être sollicité pour la réalisation de plusieurs projets architecturaux au Djibouti et dans d’autre pays comme les Emirats Arabe -Unis.  Mais à un moment, j’ai quitté Djibouti à cause des soucis politiques. Je suis rentré en France en 2009. En janvier 2010,  j’ai pris un poste de chef de projet au Yémen pour le plus gros projet de construction résidentielle du pays. Un  projet de plusieurs tours qui devait être un point de départ pour développer le pays du point de vue immobilier. La peinture, je l’ai recommencé en 2011 au Yemen. Tout mon temps libre, entre les voyages et les projets, je me consacrais à peindre.  Mais malheureusement, à un certain moment, la situation sécuritaire au Yemen m’a poussé à quitter le pays en octobre 2014. Et donc, je suis rentré en France et je me suis dit que je devrais commencer mon projet de vie, celui qui me tient le plus à cœur : l’art et la peinture. Dès que je suis arrivé, j’ai crée ma société artistique (Mobine.com) basée à Tours.

Pourquoi le choix de Tours ?

Je me suis basé à Tours parce que toute ma famille est ici. Je garde vraiment pour Tours un amour assez spécial. Tours a été une providence pour  ma famille et on y a trouvé la tranquillité. En plus la vie y est beaucoup plus paisible qu’à Paris.

Qui dit artiste, dit forcément créativité, inspiration. Peut-on savoir vos sources d’inspiration ?
Tout au long de ma vie, je me suis toujours penché sur les grands artistes européens. Ça passe par Léonard de Vinci, le Caravage, Henri Matisse, Paul Gauguin,  Pablo Picasso… En plus, j’adore l’abstrait parce que j’arrive à m’exprimer tout aussi bien. Pendant tout mon parcours je me suis attelé à ne pas me fixer sur une technique définie. Je me suis forcé à apprendre et à maîtriser le maximum de techniques possibles. C’est ce qui me permet de réaliser ce que je veux, quand je veux. Je fais des portraits, des paysages, de l’abstrait et de la nature morte.

Vos inspirations sont aussi souvent liées à l’actualité. Après l’assassinat du Père Jacques Hamel le 26 juillet 2016 à Saint-Étienne-du-Rouvray vous avez fait un portrait pour lui rendre hommage.

Le portrait du Père Jacques Hamel j’ai l’ai réalisé pour moi. J’ai été complètement sonné par la nouvelle. J’ai…ça été un choque énorme pour moi et j’ai voulu lui rendre hommage avec ce portrait. Comme j’ai l’habitude de mettre quelques œuvres sur les réseaux sociaux, j’ai mis le portrait et à peine publié, une personne m’a demandé si elle pouvait l’imprimer et l’accrocher à l’église.  J’ai répondu oui ! Bien sûr. Le lendemain, rien que sur la photo, il y a eu énormément de retour: la Mairie, la Cathédrale, l’Archevêque, tout le monde demandait qui était cet artiste, et où était ce portrait. Ça s’est passé en quelques heures et finalement, j’ai décidé d’encadrer le portrait et de l’emmener moi-même l’offrir aux habitants de Saint-Etienne du Rouvray. J’avoue que médiatiquement ça été très fort. Beaucoup même m’ont proposé de l’acheter. Ce que j’ai refusé  parce que je voulais l’offrir et je n’avais qu’une seule volonté avec cela, ce qu’il soit exposé publiquement et en permanence pour que toute personne qui voit le portrait puisse avoir une pensée et une prière pour le Père Jacques Hamel.

Pour vous, quelle place occupe les réseaux sociaux dans l’art et la peinture ?

Les artistes d’aujourd’hui, en tout cas pour ma part, consacrent 50% de leur temps à la communication et 50%  de leur temps à la production. Les réseaux sociaux sont donc une providence pour les artistes. Ils leurs permettent de pouvoir faire cette communication et d’atteindre un public qui ne cesse de s’élargir. L’internet a permit de vulgariser l’art. À travers les réseaux sociaux, mes toiles font le tour du monde. Malheureusement maintenant, il faut payer pour pouvoir atteindre un large public. Ce qui n’est pas à l’avantage des artistes normaux comme moi qui ne peuvent s’engager dans une campagne publicitaire de plusieurs milliers d’euros.

Certains de vos fans vous qualifient de ‘’peintre-philosophe ‘’, tellement que vous savez mélanger couleur, expression et émotion dans vos œuvres. Quel est votre secret ?

Je mets un point essentiel à ne pas faire ma propre critique. Je dis que dès lors que ma toile est sur les réseaux sociaux ou  qu’un œil étranger au mien s’est posé sur ma toile, elle ne m’appartient plus. C’est vrai que je peins ce que je ressens, ce qui m’inspire. Mais je ne peux pas nier qu’il y a une certaine satisfaction, un degré de plaisir à avoir des retours et des critiques positives sur ce que je réalise. Avoir des gens qui décrivent mes toiles, oui ça me fait plaisir. Mais vous dire philosophe ou pas, je ne sais pas. Quand même ça m’encourage encore plus. Ça me pousse à tenir encore plus et à continuer à peindre.

Vous avez dit quelque part que « Toute civilisation, disparue ou encore existante, se voit reconnue par ses œuvres artistiques ».  A travers vos œuvres, on reconnait quelle civilisation ?  
J’ai eu une éducation occidentale, orientale, africaine et asiatique. C’est ce mélange qui ressort sur mes toiles. Donc, quand vous les regardez, vous allez surement voir l’une de ces civilisations.

Dans la peinture, où se trouvent les difficultés ? Est-ce dans la production ou dans la commercialisation ?

Pour ma part, c’est dans les deux cas. Il faut avoir un espace de stockage, un espace de séchage, et un espace de production. Le matériel coûte très chère. S’agissant de la commercialisation, j’utilise trois méthodes. Mes premiers fans sont d’abord ma famille, les amis et le cadre relationnel. Les deuxièmes, c’est à travers les réseaux sociaux et les  troisièmes c’est avec les expositions. Donc on essaye en tant qu’artiste d’exposer au maximum.

Beaucoup d’artistes disent souvent qu’ils ne vivent pas de leurs œuvres.  Est-ce que c’est votre cas aussi ?

Je ne fais que ça. Il m’est arrivé de ne rien manger pendant trois jours parce que je n’ai rien à manger. Mais s’il me reste quelques toiles et de la peinture, je tue le temps avec le travail et je bois de l’eau de robinet. Malgré tout, j’ai décidé de ne jamais reprendre mon ancien travail et de me consacrer uniquement à la peinture, quelque soit ce que ça va me coûter. Je commence d’ailleurs à subir les conséquences car actuellement je suis quelqu’un de solitaire. Le travail m’a tellement accaparé que mon cercle d’ami s’est restreint. Mais, même si je suis à la rue, je continuerais à peindre et à dessiner avec la craie sur le bitume.

Avez-vous des projets ?

Dans ma carrière précédente, j’avais cette nécessité d’anticiper les choses et d’avoir une vision moyenne terme et long terme. C’est une des choses dont je suis heureux de m’en être débarrassé avec le rêve que j’essaye de réaliser. Je vis au jour le jour, je n’anticipe pas. Ma vie est faite de l’inspiration. Je suis obnubilé par la production et toujours, quoi qu’il arrive. Même si c’est uniquement balancer de la peinture sans penser à quoi que ce soit. C’est comme ça que je travaille. C’est très instinctif, c’est spontané.

Interview réalisée par Thierno Moussa Bah

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom ici